Un mois qui m'a certainement change, et qui est un des plus riches humainement parlant, de tout ce que j'ai pu vivre jusqu'a aujourd'hui.
J'ai boucle ce mois par un week end a Cotahuasi, a 10h environ d'Arequipa. Nous sommes partis la-bas avec Elva, gerante d'un restaurant a San Isidro (village ou je travaillais chaque jour), rencontree quelques semaines auparavant. Elle voulait nous faire decouvrir son village et sa famille. Nous avons passe 2 jours incroyables et durs a la fois. Apres quelques heures de marches pour monter au sommet d'une montagne, nous arrivons au sein d'un petit village, ou les habitants vivent uniquement de leur prodution et de leur betail. Un des villages les plus pauvres que je n'ai jamais vu. La peau des enfants est extremements seche, leur visage marque par le vent et la secheresse, les maisons faites de briques et de pailles menacent de s'ecrouler a tout instant... Quant aux parents, ils semblent tous uses par leur dur labeur quotidien. Ils se rendent aux champs chaque jour, un chemin quotidien, qui est pour moi un veritable trek, avec une altitude superieure a 3000m...
Nous redescendons rapidement pour la voir a l'hopital. Apres quelques points de suture au crane, et une radio, elle peut en ressortir. Elle ne cesse de pleurer et est incapable de nous dire si son bras est vraiment casse.. les medecins de l'hopital ne peuvent se prononcer, malgre une radio plutot nette !!! Apres quelques heures, elle va mieux et un sourire se dessine de nouveau sur son visage. Nous la rassurons comme nous pouvons, mais j'ai le sentiment que mes paroles sont bien inutiles. Se casser un bras n'a rien de dramatique chez nous, mais les proportions que cela prend ici sont considerables. Cette femme d'une soixantaine d'annees est seule, doit travailler tous les jours au champ, et qui plus est, en ce moment, en periode de forte recolte ! Comment va-t-elle faire ? Elle vit de ses recoltes, et elle est maintenant immobilisee pendant minimum un mois ...!
Ces circonstances me font reflechir un bon moment et j'ai beaucoup de mal a me projeter dans son contexte... Sa detresse et la tristesse de son visage me perturbent pendant de longues heures.
Mais comme disent les peruviens, la vie continue... On doit faire face, rien de plus !
La vie est encore plus dure que ce que j'imaginais pour certains... et notamment dans ces petits villages. Les touristes ne s'y rendent pas, il faut connaitre un local pour s'y aventurer...
Fort heureusement les traditions sont encore bien preservees la-bas, mais chaque discours est identique : cela se perd de plus en plus, les jeunes aujourd'hui ne veulent plus apprendre le Quetchua, ils revent tous de partir a Arequipa ou la ville la plus proche, afin d'etudier et echapper a tout cela.
Les enfants commencent a travailler a l'age de 4 ans ... on les voit mener des troupeaux de mules, de moutons et de vaches, avec une aisance inimaginable. Lorsque nous jouons encore aux legos ou a la poupee, eux sont deja a dos d'ane pour faire comme leurs parents.
Certains peuvent tout de meme etudier, d'autres n'en ont jamais eu l'opportunite...
Ainsi, je boucle mon experience a Arequipa, dans le sud du Perou. J'ai des milliers de souvenirs en tete, durs, marquants et humainement inoubliables, au-dela de tout ce que je pouvais esperer...
J'ai noue des contacts avec les autres volontaires du monde entier... nous sommes venus tous avec le meme objectif et les memes espoirs, nous avons passe des moments inoubliables. Je repars le coeur lourd et reste facinee par la gente humaine !
Je suis maintenant a Cusco, “capitale touristique” du Perou, si ce n'est de l'Amerique du Sud. Loin d'etre enchantee de me retrouver de nouveau au milieu de milliers de touristes, je decouvre un nouvel endroit magnifique ou les traditions sont encore bien presentes (circuit touristique oblige...). Nous partons demain dans la Vallee Sacree et ensuite au Machu Picchu... Gravir cette montagne comme le font des milliers de touristes chaque jour... Je pars sans agence, sans trek, avec la liberte totale de gravir cette montagne seule, sans contrainte temporelle.
Je discute avec pas mal de personnes ici, certains partent en tour pour un trek de 4 a 5 jours, d'autres s'y aventurent seuls... il faut de tout pour faire un monde ... Chacun sa conception du voyage, toutes sont respectables et discutables, je sais maintenant veritablement qu'elle est la mienne.
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